Agcom, l'autorité Italienne de régulation des communications (Autorità per le Garanzie nelle Comunicazioni), a déposé une notification formelle auprès de la Commission Européenne visant les services de recherche alimentés par l'IA de Google. Cette démarche fait suite à une plainte de la FIEG (Federazione Italiana Editori Giornali), la fédération italienne des éditeurs de journaux, qui allègue que les Aperçus IA de Google et les fonctionnalités de recherche génératives réduisent systématiquement la visibilité du contenu éditorial traditionnel. Les éditeurs revendiquent que leurs articles sont remplacés par des résumés générés par l'IA qui répondent aux requêtes des utilisateurs sans générer de trafic vers les sources originales. Le timing est crucial. Google a commencé à déployer ses Aperçus IA mondialement en mai 2024, positionnant les réponses générées par IA en tête des résultats de recherche avant les liens traditionnels en bleu. Pour les éditeurs déjà confrontés à une baisse du trafic web et des revenus publicitaires, cela représente une menace existentielle. La plainte de la FIEG soutient que Google exploite essentiellement leur journalisme, le reconditionnant via de grands modèles linguistiques et le proposant aux utilisateurs tout en les gardant dans l'écosystème de Google. Les éditeurs n'y voient rien en retour à part des taux de clic en chute libre. La notification d'Agcom à Bruxelles invoque la Loi sur les Marchés Numériques (DMA) de l'Union Européenne et potentiellement la Loi sur les Services Numériques (DSA), qui imposent toutes deux des obligations strictes aux plateformes désignées comme gardiennes. Google fait déjà l'objet d'une surveillance sous ces cadres pour sa domination dans la recherche et la publicité numérique. La démarche de l'Italie pourrait déclencher une enquête formelle de l'UE pour déterminer si les services IA de Google violent les règles de concurrence ou désavantagent injustement les créateurs de contenu qui alimentent les modèles produisant ces résumés. Les enjeux dépassent l'Italie. Les éditeurs de nouvelles européens, américains et d'autres régions suivent attentivement cette affaire. Le New York Times a poursuivi OpenAI et Microsoft en décembre 2023 pour des préoccupations similaires concernant l'entraînement de l'IA sur du contenu protégé par le droit d'auteur. Axel Springer a conclu des accords de licence avec OpenAI. D'autres, comme The Guardian, ont complètement bloqué le robot d'exploration web d'OpenAI. Il n'y a pas de stratégie consensuelle, mais tout le monde convient que le statu quo où les entreprises d'IA collectent des décennies de journalisme sans compensation ni attribution est insoutenable. Google a maintes fois déclaré que les Aperçus IA incluent des liens vers les sites sources et que le trafic vers les éditeurs reste fort. Les données internes de l'entreprise suggèrent que les Aperçus IA augmentent en fait l'engagement avec les sources liées. Les éditeurs contestent cela, pointant leurs propres analyses montrant des chutes brutales du trafic de renvoi depuis Google Search. La vérité dépend probablement du type de requête, les Aperçus IA fonctionnant différemment pour les questions factuelles par rapport aux recherches exploratoires où les utilisateurs souhaitent encore plusieurs perspectives. Mais les éditeurs ne sont pas intéressés par la nuance. Ils veulent un levier, et Agcom vient de leur en donner un. La Commission Européenne a désormais le pouvoir d'ouvrir une enquête formelle, de demander des documents internes à Google et potentiellement d'imposer des amendes allant jusqu'à six pour cent des revenus mondiaux si des violations sont confirmées. Pour Alphabet, la maison mère de Google, cela représente une pénalité potentielle de plusieurs milliards de dollars. Plus important encore, une décision contre Google pourrait exiger des changements fondamentaux à la façon dont les Aperçus IA affichent le contenu, comment les éditeurs sont compensés ou si certains types de contenu peuvent être utilisés pour l'entraînement de l'IA. L'Italie vient de transformer une plainte d'éditeurs en crise réglementaire.