Le ministère japonais de la Défense a soumis sa demande de budget au gouvernement le lundi 31 août 2026, demandant 8,9 trillions de yens (55,6 milliards de dollars) pour l'exercice fiscal 2027, qui commence en avril. Mais voici le hic : environ 100 à 160 éléments n'ont pas encore de prix attaché, laissés en blanc car le gouvernement prévoit de réviser ses trois documents fondamentaux de sécurité nationale d'ici décembre. Les analystes s'attendent largement à ce que le budget final dépasse pour la première fois les 10 trillions de yens (62 milliards de dollars), marquant à la fois la 15e augmentation annuelle consécutive et le 13e record historique. La demande se concentre sur trois piliers. Premièrement, se préparer à ce que le ministère appelle "de nouvelles manières de guerre" en déployant des systèmes d'aide à la décision alimentés par l'IA, des drones à bas coût pouvant être produits en masse qui fonctionnent en tandem avec des missiles de standoff, et des missiles hypersoniques lancés sous l'eau. Deuxièmement, construire des capacités de réponse soutenue pour des conflits prolongés, une leçon tirée directement de l'utilisation par l'Ukraine de systèmes sans pilote. Troisièmement, renforcer la base industrielle de défense du Japon et les chaînes d'approvisionnement, avec une plus grande implication du gouvernement dans la fabrication et l'acquisition. C'est la dernière année d'un programme de renforcement de la défense de cinq ans lancé en 2022 sous l'ancien Premier ministre Fumio Kishida, qui a alloué un total de 43 trillions de yens (268,5 milliards de dollars) sur la période. Le Japon a atteint son objectif de dépenser 2 % du PIB (Produit Intérieur Brut) en défense pour l'exercice 2025, deux ans avant la date prévue, sous la pression des menaces régionales et de l'administration Trump. Mais Washington n'est pas satisfait. Des responsables américains, y compris le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, ont exhorté le Japon à augmenter ses dépenses de défense à au moins 3,5 % du PIB, certains évoquant des objectifs allant jusqu'à 5 % pour correspondre au nouveau "standard mondial" de l'OTAN. La Première ministre Sanae Takaichi, première femme à occuper ce poste au Japon, qui a pris ses fonctions en octobre 2025 et a remporté une victoire électorale écrasante en février 2026, a placé la défense nationale au sommet de son agenda conservateur. Takaichi est perçue comme une faucon de la Chine, et les relations du Japon avec Pékin sont en profonde stagnation depuis novembre 2025, lorsqu'elle a suggéré que le Japon pourrait intervenir militairement dans tout conflit concernant Taïwan. La Chine a réagi avec fureur, un chasseur chinois verrouillant son radar sur un F-15 japonais au large d'Okinawa en décembre 2025. Depuis lors, les incidents se sont multipliés : des destroyers japonais transitant par le détroit de Taïwan, des navires de la garde côtière chinoise harcelant des navires d'exploration japonais à l'intérieur de la zone économique exclusive (ZEE) du Japon, et en mars 2026, un officier des Forces d'auto-défense japonaises a pénétré dans l'ambassade de Chine à Tokyo avec un couteau. La demande de budget met l'accent sur les actifs sans pilote avec une urgence inhabituelle. Le Japon prévoit de développer des drones d'attaque pour des vols longue distance, d'acquérir des drones à bas coût pouvant être produits rapidement en masse, et d'établir une nouvelle unité pour contrer la guerre cognitive (campagnes de désinformation). Le ministère a déclaré qu'il vise à "se transformer en l'organisation leader mondiale dans l'utilisation des actifs sans pilote." La Force maritime d'auto-défense du Japon (JMSDF) a demandé des fonds pour la construction de frégates de classe Mogami améliorées (Nouveau FFM), de sous-marins de classe Taigei, et la poursuite des travaux sur le système de défense côtière SHIELD (Synchronized, Hybrid, Integrated and Enhanced Littoral Defense), un programme de 640 millions de dollars déployant des drones aériens, maritimes et sous-marins prévu pour être achevé en mars 2028. Le Japon élargit également ses capacités de contre-attaque. Le budget alloue des fonds pour équiper tous ses huit destroyers Aegis de la capacité de lancement de missiles de croisière Tomahawk. Le JS Chokai a réalisé le premier test de lancement de Tomahawk depuis un navire japonais dans le Pacifique le 29 juillet 2026. Le ministère a également demandé un financement continu pour les missiles de surface à surface de type 12, qui ont une portée d'environ 1 000 kilomètres et sont déployés dans la préfecture de Kumamoto, au sud-ouest, et sur l'île de Yonaguni, à seulement 110 kilomètres de Taïwan. Pékin est particulièrement alarmé par ces déploiements. Le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi, fils de 45 ans de l'ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, gère ce renforcement accéléré depuis octobre 2025. Il a maintenu une haute visibilité, voyageant à Hawaï, en Indonésie et à Singapour pour promouvoir les partenariats de défense du Japon, et a évité les gaffes majeures. Cependant, avec Takaichi envisageant un remaniement ministériel en septembre, l'avenir de Koizumi à ce poste reste incertain.