Mistral AI, l'entreprise parisienne d'intelligence artificielle évaluée à plus de 6 milliards de dollars et présentée comme la réponse de l'Europe à OpenAI, a confirmé cette semaine avoir été ciblée par une cyberattaque. L'entreprise, qui a levé des centaines de millions de dollars auprès d'investisseurs tels que Microsoft et Andreessen Horowitz, a révélé la violation mais est restée discrète sur les détails. On ne sait pas encore si les attaquants ont accédé à des modèles d'IA propriétaires, des données de clients ou des communications internes. Le silence est révélateur. Dans la course aux armements de l'IA, la propriété intellectuelle est cruciale, et toute fuite de données de formation, d'architectures de modèles ou de techniques de réglage fin pourrait fournir aux concurrents une feuille de route vers le secret de Mistral. Le timing ne pourrait pas être pire pour les ambitions européennes en matière d'IA. Mistral a été fondée en 2023 par d'anciens chercheurs de DeepMind et Meta, Arthur Mensch, Guillaume Lample, et Timothée Lacroix, avec pour objectif explicite de défier la domination américaine dans les modèles de langage de grande taille. L'entreprise s'est positionnée comme l'alternative open source aux systèmes fermés comme le GPT-4, en lançant des modèles tels que Mistral 7B et Mixtral 8x7B qui tiennent tête aux plus puissants. Le président français Emmanuel Macron a à plusieurs reprises vanté Mistral comme la preuve que l'Europe peut créer une IA de classe mondiale sans se soumettre aux géants technologiques américains. Maintenant, ce récit a un énorme astérisque : que vaut la souveraineté si vous ne pouvez pas défendre votre propre infrastructure? Les cyberattaques contre les entreprises d'IA deviennent inquiétantes de routine. OpenAI a fait face à de multiples incidents de sécurité, y compris des compromissions d'identifiants d'employés. Google DeepMind a été confronté à des tentatives de phishing visant ses chercheurs. La différence est que les entreprises américaines disposent de vastes équipes de sécurité, d'opérations de renseignement sur les menaces, et des ressources pour répondre rapidement. Mistral, malgré sa valorisation de plusieurs milliards de dollars, reste une startup avec environ 240 employés. Construire des modèles d'IA de pointe et construire une sécurité de niveau entreprise sont deux défis très différents, et cette violation suggère que Mistral a peut-être privilégié le premier au détriment du second. L'attaque soulève également des préoccupations géopolitiques. Les entreprises d'IA sont des cibles de choix pour les acteurs étatiques cherchant à voler de la propriété intellectuelle ou à gagner des avantages stratégiques. La Chine, la Russie, et même les agences de renseignement américaines ont été accusées de cibler des entreprises technologiques pour acquérir des technologies sensibles. Les modèles de Mistral, bien qu'open source, contiennent encore des techniques de formation et des ensembles de données propriétaires qui pourraient être précieux pour les gouvernements étrangers ou les entreprises rivales. Si cette violation était parrainée par un État, c'est un avertissement que l'infrastructure de l'IA européenne est vulnérable. Ce qui rend cela particulièrement embarrassant, c'est que Mistral a été vocal sur la création d'une "IA responsable" et a mis l'accent sur la transparence et la sécurité. Difficile de prêcher le développement responsable lorsqu'on ne peut pas sécuriser sa propre maison. L'entreprise sera maintenant scrutée par les investisseurs, les clients, et les régulateurs qui voudront des explications détaillées sur ce qui a été compromis, comment les attaquants sont entrés, et ce que Mistral fait pour prévenir de futurs incidents. L'Union Européenne (UE) pousse pour des réglementations plus strictes en matière d'IA à travers l'AI Act, qui inclut des exigences de cybersécurité pour les systèmes à haut risque. Cette violation alimentera les arguments selon lesquels même les entreprises européennes d'IA les plus prometteuses ne sont pas prêtes pour le prime time.