Le National Transportation Safety Board (NTSB) a confirmé que l'accident s'est produit lors d'un essai autonome de routine au-dessus du golfe du Mexique. Solar Impulse 2, dépouillé de son cockpit humain et transformé en plateforme de surveillance sans équipage par Skydweller Aero, est tout simplement tombé en panne de batterie en vol et a plongé dans l'eau. La société, une entreprise technologique hispano-américaine qui a acheté l'avion en 2019, avait passé des années à équiper l'oiseau solaire délicat de radars de niveau militaire, de dispositifs de guerre électronique et de systèmes d'interception des télécommunications. Le but était un vol perpétuel, un remplacement de satellite bon marché, une persistance infinie au-dessus des zones de conflit ou des voies maritimes. Cette vision est maintenant sous l'eau. La mission originale de Solar Impulse 2 était le pur idéalisme. Bertrand Piccard, petit-fils du pionnier des abysses Auguste Piccard et fils de l'explorateur de la fosse des Mariannes Jacques Piccard, a conçu le projet en 2003 comme une affiche volante pour l'énergie renouvelable. La construction a commencé en 2011. Le résultat était une merveille en fibre de carbone : une envergure de 232 pieds (plus large qu'un Boeing 747), 17 248 cellules solaires générant 66 kilowatts, quatre moteurs électriques, des batteries au lithium-ion pesant 1 400 livres, et un poids total de la structure de seulement 5 100 livres. Le cockpit était à peine plus grand qu'un placard, non pressurisé, équipé de bouteilles d'oxygène et d'un pilote automatique pour que le pilote puisse faire des siestes de 20 minutes. En 2016, Piccard et le co-fondateur André Borschberg ont alterné les quarts pour faire voler l'appareil autour de la planète pendant 16,5 mois, faisant 17 arrêts et naviguant entre 31 et 62 mph. C'était lent, disgracieux, inspirant. Puis est venu le pivot. En 2019, Skydweller Aero a acheté Solar Impulse 2 pour une somme non divulguée et a immédiatement commencé à le militariser. Pas avec des missiles ou des bombes, mais avec des capteurs, des technologies de surveillance et des équipements de renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT). L'argument de l'entreprise était élégant : des drones solaires pouvant voler sans interruption pendant des mois à des latitudes entre Miami et Rio de Janeiro, remplaçant des satellites coûteux par des plateformes aériennes moins chères et persistantes. En 2023, l'avion modifié a terminé son premier vol autonome en Espagne. En 2024, il a volé entièrement sans équipage depuis l'aéroport international de Stennis près de Bay St. Louis, Mississippi. Skydweller a enregistré 222 heures au cours de quatre vols d'essai en 2025 et a obtenu des contrats avec la marine américaine pour des communications au-delà de la 5G (cinquième génération de télécommunications mobiles) et des démonstrations de ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance). L'écrasement du 4 mai est un revers brutal, mais pas une condamnation à mort pour l'entreprise. Skydweller a été en train de construire des variantes autonomes de la plateforme Solar Impulse 2, des conceptions plus propres optimisées pour des opérations sans équipage plutôt que des cockpits habités d'héritage. Ces avions volent toujours. Le Solar Impulse 2 original a toujours été un prototype de preuve de concept, jamais destiné à des missions militaires jetables. Sa perte est plus symbolique qu'opérationnelle. Piccard et Borschberg ont publié une déclaration laconique exprimant leur tristesse face à la perte d'un "vaisseau technologique important", apprenant l'accident par les médias sociaux plutôt que par une communication directe de Skydweller. L'entreprise n'a pas répondu aux questions des médias. Il y a une ironie amère ici. Solar Impulse 2 était censé finir au Musée suisse des Transports à Lucerne, selon le contrat de vente original entre la Fondation Solar Impulse et Skydweller. Au lieu de cela, il rouille dans le golfe, une relique de l'éco-optimisme réaffectée comme un outil d'espionnage et détruite dans le processus. Piccard a dit aux journalistes en 2013 que parler de protection de l'environnement est "ennuyeux", mais Solar Impulse 2 l'a rendu passionnant. Maintenant, c'est une épave, et la partie passionnante ce sont les contrats de surveillance militaire.