Le Premier ministre Tareq Rahman est arrivé jeudi soir chez la famille de Ramisa à Pallabi, entrant dans un foyer en deuil qui est devenu, malgré lui, le visage de la crise croissante de la protection de l'enfance au Bangladesh. La visite, annoncée juste quelques heures avant, a amené un convoi de personnel de sécurité et de responsables gouvernementaux dans un quartier ouvrier encore sous le choc du viol et du meurtre brutal d'une enfant dont le nom résonne désormais sur les réseaux sociaux comme un cri de ralliement pour la justice. Rahman a passé environ 90 minutes avec la famille, offrant ses condoléances et promettant une enquête complète sur le crime qui a ébranlé la conscience de Dhaka. Le timing de cette visite n'est pas un hasard. Le Bangladesh a connu une augmentation troublante des cas signalés de violence sexuelle sur les enfants au cours des 18 derniers mois, avec des organisations de défense des droits humains documentant plus de 1 400 cas en 2025 seulement, soit une augmentation de 34 % par rapport à l'année précédente selon Bangladesh Shishu Adhikar Forum (BSAF), un groupe de défense des droits de l'enfant. Pourtant, les taux de condamnation restent désespérément bas, tournant autour de 3 % selon les données judiciaires, créant une culture d'impunité qui encourage les prédateurs. Le cas de Ramisa a déclenché des manifestations dans au moins six districts, où les manifestants exigent non seulement la punition de son assassin mais aussi des réformes radicales sur la façon dont la police gère les affaires de violence sexuelle impliquant des mineurs. Le gouvernement de Rahman fait face à des critiques croissantes pour traiter chaque tragédie comme un incident isolé nécessitant une opportunité photographique du Premier ministre plutôt que d'aborder les échecs structurels qui rendent ces crimes possibles. La loi de 2017 sur la restriction du mariage des enfants au Bangladesh, modifiée pour permettre le mariage en dessous de 18 ans dans des "cas spéciaux", a été utilisée par les familles pour forcer les victimes de viol à se marier avec leurs agresseurs, effaçant ainsi le crime. Les forces de l'ordre restent chroniquement sous-effectives dans les unités de crimes sexuels, avec la police métropolitaine de Dhaka disposant de seulement quatre agents dédiés à la protection de l'enfance pour une ville de 22 millions d'habitants. Le calcul politique derrière la visite de Rahman est transparent. Avec les élections nationales prévues pour fin 2026, le parti au pouvoir, le Parti nationaliste bangladais (BNP), ne peut pas se permettre de sembler indifférent aux crimes qui mobilisent les électeurs urbains de la classe moyenne, en particulier les femmes. Les partis d'opposition ont saisi le cas de Ramisa pour peindre le gouvernement comme incompétent en matière de loi et d'ordre, une accusation qui trouve un écho dans un pays où les préoccupations de sécurité personnelle se classent souvent comme le principal enjeu des électeurs dans les sondages. L'équipe de Rahman espère clairement que l'empathie visible, combinée à des promesses de justice rapide, désamorcera la crise politique qui se profile. Pourtant, les militants avertissent que sans changements politiques concrets, cette visite ne revient qu'à un théâtre politique. Ils demandent un système de tribunal rapide dédié aux affaires d'abus sexuels sur enfants, une formation obligatoire pour la police sur les techniques d'enquête informées par les traumatismes, et un registre national des délinquants sexuels condamnés. Le gouvernement n'a pas encore pris d'engagement envers ces mesures, se contentant de répéter des assurances vagues sur le renforcement de l'application de la loi. Pendant ce temps, la famille de Ramisa et des milliers d'autres comme elle sont laissées à naviguer dans un système de justice qui traite leur traumatisme comme un problème de relations publiques plutôt qu'une urgence en matière de droits humains.