Le ministère des Sciences et des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) de Corée du Sud déploie une plateforme d'intelligence artificielle nationale qui va bien au-delà des chatbots. Lors d'une allocution au bureau central de poste de Séoul le 29 mai, le vice-premier ministre et ministre des Sciences et des TIC, Baegyun Hoon, a décrit 'L'IA de Tous' comme un assistant personnel cybernétique capable de compléter de manière autonome des tâches administratives pour les citoyens. Pensez moins à Siri, plus à un bureaucrate numérique qui connaît votre numéro de sécurité sociale et les délais de dépôt. Le système est conçu pour s'intégrer aux bases de données et services gouvernementaux, lui permettant de gérer des procédures allant des demandes de permis aux réclamations d'avantages sans intervention humaine. Hoon a souligné l'accessibilité comme principe de base, notant que la plateforme devrait être aussi intuitive que l'écriture en Hangul, l'alphabet natif de la Corée. C'est un signal délibéré. Le Hangul a été inventé au XVe siècle spécifiquement pour être facile à apprendre pour les gens du commun, remplaçant les caractères chinois complexes que seuls les élites pouvaient maîtriser. Le gouvernement positionne cette IA comme un égaliseur numérique, pas un outil nécessitant une maîtrise de la technologie. La Corée du Sud pousse des initiatives de gouvernement numérique agressives depuis des années, mais cela marque un changement de la numérisation des formulaires à la délégation de la prise de décision aux algorithmes. Le pays est déjà en tête en matière de pénétration d'internet et d'adoption de smartphones, avec plus de 95% des adultes en ligne. Les services gouvernementaux sont fortement numérisés via des plateformes comme Government24, qui consolide plus de 5 000 services administratifs. 'L'IA de Tous' semble conçu pour s'asseoir au-dessus de cette infrastructure comme une couche d'orchestration intelligente. L'ambition technique ici est massive. Pour qu'une IA puisse compléter de manière autonome des déclarations fiscales ou des demandes de permis de construire, elle doit analyser les exigences légales, vérifier l'éligibilité, extraire des données de plusieurs bases de données gouvernementales, remplir correctement les formulaires et gérer les exceptions lorsque des documents manquent ou que les règles sont en conflit. Cela nécessite non seulement un traitement du langage naturel mais une intégration approfondie avec les systèmes informatiques gouvernementaux hérités, dont beaucoup n'ont pas été conçus pour l'accès API. L'avantage de la Corée du Sud est que son infrastructure de gouvernement numérique est relativement moderne et centralisée par rapport à des systèmes fédéraux comme les États-Unis, où chaque état utilise des logiciels différents. Le calendrier est agressif. Hoon dit que le système sera lancé cette année, ce qui signifie soit un pilote limité ou un déploiement progressif avec des fonctionnalités de base. Construire une IA capable de gérer de manière fiable des procédures gouvernementales de haute importance sans surveillance humaine nécessite des tests approfondis, surtout dans un pays où les erreurs administratives peuvent retarder les prestations, déclencher des audits ou provoquer des maux de tête juridiques. Le gouvernement devra répondre à des questions difficiles sur la responsabilité lorsque l'IA se trompe, la confidentialité lorsqu'elle accède à des dossiers sensibles, et l'équité lorsque les biais algorithmiques défavorisent certains groupes démographiques.