Le nouveau gouvernement syrien a confirmé la découverte de ce qu'il qualifie de restes d'un programme d'armes chimiques secrètes dirigé par le président déchu Bachar al-Assad, selon un responsable syrien cité par Reuters mardi. Cette découverte est explosive car Assad et ses soutiens russes ont passé des années à insister sur le fait que la Syrie avait entièrement renoncé à son arsenal chimique après un accord de 2013 négocié par Moscou et Washington. Cet accord est survenu après une attaque au gaz sarin à Ghouta qui a tué plus de 1 400 personnes et a failli entraîner une intervention militaire américaine. L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) a supervisé le retrait des stocks déclarés, mais les agences de renseignement occidentales et les activistes syriens ont longtemps soutenu qu'Assad maintenait un programme clandestin en vie. Les détails de ce qui a été exactement trouvé restent flous. Le responsable syrien n'a pas précisé l'emplacement, le type d'agents chimiques impliqués ou l'ampleur des restes. Mais la simple reconnaissance est significative car les autorités intérimaires de la Syrie, dominées par la coalition rebelle Hayat Tahrir al-Sham (HTS) qui a renversé Assad fin 2023, ont tout intérêt à exposer les crimes de l'ancien régime. Le leader du HTS, Ahmed al-Sharaa, anciennement connu sous son nom de guerre Abu Mohammed al-Golani, marche sur un fil en essayant de gagner une légitimité internationale tout en gouvernant un pays fracturé encore infesté de milices étrangères. Révéler la cache d'armes cachées d'Assad sert à la fois de propagande et de signal aux puissances occidentales que la nouvelle Syrie est prête à coopérer sur les menaces sécuritaires. Le timing est important. Assad a fui à Moscou après l'effondrement de son régime en décembre 2023, mettant fin à plus d'un demi-siècle de règne baassiste. Depuis, la Syrie a été en transition chaotique avec des forces soutenues par la Turquie contrôlant le nord, des groupes dirigés par les Kurdes tenant l'est, et le HTS essayant de consolider le pouvoir à Damas et à l'ouest. La communauté internationale a été lente à s'engager avec le HTS en raison de ses racines dans le groupe affilié à al-Qaïda Jabhat al-Nosra, bien que le groupe ait rompu ces liens il y a des années. Les découvertes d'armes chimiques pourraient forcer les gouvernements occidentaux à recalibrer. Si les stocks secrets d'Assad sont réels et substantiels, le risque de prolifération à des groupes extrémistes ou des états hostiles devient une crise immédiate nécessitant une coopération internationale, que les capitales occidentales aiment le HTS ou non. L'OIAC a documenté au moins sept attaques chimiques en Syrie entre 2013 et 2018 qu'elle a attribuées au régime Assad, y compris l'utilisation de sarin et de chlore. Assad a nié chacune d'entre elles, rejetant les preuves comme des fabrications par les rebelles et les renseignements occidentaux. La Russie a constamment opposé son veto aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU visant à tenir Damas pour responsable. L'attaque au chlore de Douma en 2018, qui a tué plus de 40 personnes et a entraîné des frappes aériennes limitées des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France, a été le dernier incident majeur avant qu'Assad ne reprenne la plupart de son territoire avec l'aide russe et iranienne. Maintenant, avec Assad en exil et son appareil de sécurité démantelé, l'ampleur complète de ses crimes de guerre émerge. Ce qui est moins clair, c'est si cette découverte conduira à une responsabilité significative. Assad est en sécurité à Moscou, hors de portée des tribunaux internationaux. La Russie n'a aucun intérêt à le livrer. La Cour pénale internationale (CPI) n'a pas de juridiction sur la Syrie car ce n'est pas un État membre, bien que la CPI enquête sur des crimes commis par des ressortissants syriens dans des pays membres. Le résultat le plus probable est la documentation et la condamnation, mais pas de procès. Pour les nouveaux dirigeants de la Syrie, le véritable défi n'est pas de traduire Assad en justice; c'est d'empêcher que des matériaux chimiques restants ne soient utilisés par le patchwork de groupes armés opérant encore à travers le pays. C'est un cauchemar sécuritaire qui nécessitera une assistance technique internationale, à condition que le HTS puisse convaincre les gouvernements occidentaux qu'il est un partenaire crédible.